Le patrimoine forestier et sa gestion
Retrouvez ci-dessous le mot de l'échevin de la forêt, Louis-Philippe Collin, dans le bulletin de juin 2022
Comme je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, la forêt est un secteur extrêmement important pour notre commune rurale. D’un part, parce qu’elle génère des rentrées financières nécessaires au fonctionnement des services communaux mais également parce que ses aspects environnementaux, touristiques et culturels sont indéniablement un atout qu’il faut préserver.
Je vais profiter de cet article pour vous présenter la composition du patrimoine forestier communal et avec quels objectifs il est géré.
Sommaire
- Le patrimoine forestier communal
- Comment est gérée notre forêt ? L'équipe DNF
- Les contraintes dans la gestion forestière
- Les fonctions de la forêt
- Conclusions
Le patrimoine forestier communal
La surface forestière présente sur le territoire de Rendeux représente un total de 3.500 hectares dont 49% sont détenus par notre commune.
Depuis 2017, la forêt communale est certifiée PEFC. Ce label est une démarche volontaire qui signifie que la forêt est gérée de manière durable. En d’autres termes, la production de bois ne se fait pas au détriment :
- du respect de la biodiversité ;
- du respect des sols et des cours d’eau ;
- du bon état sanitaire des peuplements ;
- du respect de la multifonctionnalité de la forêt (ressource en bois, puits de carbone, lieu de promenade et de loisirs, …).
Les propriétés communales sont composées à 53% par des feuillus et à 47% par des résineux. En ce qui concerne les essences présentes, on a pour les feuillus :

Les autres feuillus reprennent principalement l’érable, le frêne, le charme, le bouleau, l’aulne, le merisier, le peuplier, le sorbier et le châtaigner.
Les résineux sont répartis comme suit :

Comment est gérée notre forêt ?
La gestion de la majorité des communes wallonnes est réalisée sur base des recommandations et conseils émis par le DNF (Département Nature et Forêts – SPW). Pour cela, le territoire wallon est divisé en cantonnements (qui dépendent d’un ingénieur forestier), eux-mêmes divisés en triages (qui dépendent des gardes forestiers).
L’équipe pour Rendeux
La commune de Rendeux dépend de la Direction DNF de Marche-en-Famenne et du Cantonnement de La Roche-en-Ardenne. Nos forêts sont divisées en 3 triages (2 en rive droite de l’Ourthe - n°1 Devantave et n°2 Marcourt et Cielle (commune de La Roche-en-Ardenne) - et 1 en rive gauche - n°3 Rendeux).

Au quotidien, nous pouvons compter sur l’expertise d’une équipe de passionnés :
Sandrine Lamotte
Ingénieur forestier - Cheffe de cantonnement
Les + du métier selon elle : «Avoir la possibilité de modeler le paysage»
Les – du métier selon elle : «Les nombreuses contraintes liées à l’application du CoDT
Cédric Daine : 0473/84.90.73
Anciennement garde forestier sur le triage n°1, il est passé Brigadier forestier il y a 1 an.
Les + du métier selon lui : «Pouvoir travailler à l’extérieur et travailler au quotidien pour le patrimoine communal»
Les – du métier selon lui : «Les nombreuses procédures administratives et les dénonciations
Nestor Bertrand : 0477/78.13.56
Garde forestier – Triage n°3 (rive gauche)
Les + du métier selon lui : «Voir l’évolution de ce qui est planté par notre génération mais également de ce qui a été planté par les anciens»
Les – du métier selon lui : «La lenteur et les contraintes du système administratif»
Jean-Philippe Sébille : 0477/78.13.66
Garde forestier – triage n°2 (rive droite)
Les + du métier selon lui : «Le calme de la forêt et avoir l’opportunité d’observer au quotidien la faune et la flore, mais également optimaliser la production de bois»
Les – du métier selon lui : «Les incivilités environnementales»
Laura Gillot : 0479/86.54.23
Garde forestière, remplaçante de Cédric Daine sur le triage n°1 (rive droite)
Les + du métier selon elle : «Les enjeux environnementaux liés à la fonction»
Les – du métier selon elle : «La gestion des conflits entre les personnes, surtout quand on débute dans le métier»
Les contraintes à considérer dans la gestion forestière
Afin de réaliser une gestion optimale et de faire les bons choix en termes d’essences et de types de peuplements à appliquer, le gestionnaire forestier doit prendre en compte les contraintes propres au territoire concerné.
On peut notamment citer :
- Les contraintes légales : la gestion de toute forêt, qu’elle soit privée ou publique, repose sur un cadre légal qui est notamment défini par le Code forestier, la loi sur la chasse, la loi sur la pêche, le CoDT, le Code de l’eau, etc ;
- Les contraintes stationnelles : celles-ci concernent la nature du sol ainsi que son orientation (sol hydromorphe, sol de pente, proximité des cours d’eau, fonds de vallée, proximité d’une source, etc);
- Les contraintes liées à la conservation de la nature : présence de zones protégées afin de sauvegarder des sites et biotopes particuliers pour la faune et la flore (zones Natura 2000, site de grand intérêt biologique, etc) ;
- Les contraintes liées au temps : les actions qui sont entreprises aujourd’hui porteront leurs fruits dans des dizaines d’années. Il est difficile de savoir aujourd’hui quelles essences seront demandées demain. Par exemple, il y a 80 ans, les pins étaient utilisés pour le bois de mine. Les plantations de l’époque arrivent à maturité aujourd’hui alors que la demande pour ce marché est inexistante.
Il est également indispensable de prendre en compte la multifonctionnalité de la forêt. En effet, les forêts jouent un rôle économique, écologique, cynégétique et social. Ces fonctions sont liées et interdépendantes. Une gestion saine implique donc d’avoir un équilibre harmonieux entre celles-ci.

Les fonctions de la forêt
Fonction économique :
De manière générale, les forêts sont importantes au niveau économique. D’une part parce que beaucoup d’emplois sont liés directement ou indirectement à la filière bois (scieries, bucherons, sylviculteurs, gardes forestiers, guides nature, débardeurs, ...) mais également parce que les propriétaires forestiers peuvent dégager des revenus grâce à la vente de bois.
C’est particulièrement vrai pour notre commune. En effet, même si les année 2019 et 2020 ont été marquées par la baisse du prix de vente des bois sur pieds suite à la problématique des scolytes, les recettes en provenance directe des ventes de bois se sont élevées à une moyenne de 536.370 euros sur les trois dernières années. À cela doivent s’ajouter les locations du droit de chasse.
Cette fonction est donc essentielle pour permettre de financer les projets à destination des citoyens (routes, salles, voies lentes, restauration du patrimoine, ...).
Néanmoins, la forêt doit être gérée avec un objectif à très long terme. Une commune ne peut pas décider de prélever tout le bois qu’elle souhaite quand elle le souhaite. À Rendeux, l’objectif est de limiter les ventes à ce que la forêt peut produire sur un an. Cela revient à consommer les intérêts sans toucher au capital.
Afin de permettre cette exploitation et d’assurer un revenu aux générations futures, la commune investit annuellement une moyenne de 90.000 € dans des travaux forestiers (plantations, dégagements, gyrobroyages, regarnissages, élagages, ...).

Fonction environnementale :
Nul doute que notre société et nos modes de vie seront impactés par les changements climatiques à venir. On le remarque déjà avec les phénomène extrêmes à répétition qui touchent de nombreuses régions de notre planète (longues périodes de sécheresse, pluies diluviennes, inondations, tempêtes, etc).
Ces changements auront également un impact sur nos forêts. On a déjà pu le constater en 2019 et 2020 avec la crise des scolytes de l’épicéa qui a causé une mortalité́ importante de peuplements d’un certain âge, mais également le manque d’eau au printemps, responsable d’une mortalité importante des jeunes plants. Ces phénomènes pourraient se répéter cette année si le temps ne change pas.
Afin de limiter ces impacts et d’augmenter la résistance de la forêt aux maladies et ravageurs, les gestionnaires forestiers tentent de promouvoir des peuplements mélangés et d’âges multiples. Voici quelques actions concrètes :
- Les plantations d’une seule essence sont limitées. Par exemple, en résineux, les nouvelles plantations comprennent maintenant entre 3 et 4 essences différentes.
- Un équilibre est maintenu entre les peuplements de feuillus et de résineux. C’est d’ailleurs une imposition du Code forestier.
Avantage : si une essence souffre d’une maladie, les autres sont là pour assurer l’avenir du peuplement. Cela permet également d’assurer des produits variés aux entreprises de la filière bois et donc des revenus stables aux communes et aux particuliers. Cette mixité permet aussi de favoriser la biodiversité. - Lorsque la majorité des bois d’une parcelle ont atteint l’âge d’être coupés, les mises à blanc ne sont plus systématiques. Quand cela est possible, les gestionnaires sélectionnent les plus gros bois et laissent les plus petits. La place que les bois vendus laissent derrière eux permet aux bois restants de se développer. Dans un même temps, la lumière dégagée permet aux jeunes pousses de grandir. Ces-mêmes jeunes pousses seront les grands bois de demain. Les deux photos ci-dessous illustrent cela.
Avantage : les jeunes plants ne sont pas achetés en pépinière, ils proviennent de semis naturels et bénéficient donc d’une génétique adaptée à notre climat et à notre sol. Par ailleurs, ces coupes par étape permettent à la parcelle de procurer des recettes de manière étalée.
La forêt joue également un rôle direct dans les enjeux environnementaux pour notre société puisque les actions qui sont mises en place permettent de favoriser la biodiversité, de créer et de préserver les habitats pour la flore et la faune. Quelques exemples concrets :
- La conservation d’arbres morts. Ces sujets n’ont pour la plupart pas de valeur marchande mais permettent d’abriter toutes sortes d’espèces animales et végétales.
- Ne pas planter de résineux sur une largeur de 12m de part et d’autre de tous les cours d’eau.
- La mise en place de réserves intégrales dans les peuplements feuillus. Dans celles-ci, la nature est laissée en l’état sans intervention de l’homme. Sur la propriété communale, 43,5 hectares sont actuellement classés en réserves intégrales.
- Quand c’est possible, favoriser le travail avec des chevaux de trait pour éviter le tassement des sols.

Fonction cynégétique :
La chasse est nécessaire car elle permet de réguler le gibier et donc de conserver un habitat idéal pour la faune et la flore.
Cette régulation permet également de limiter les dégâts des gibiers en forêt (attaque des jeunes plants, écorcement des arbres, ...), et en dehors des forêts (dégâts dans les parcelles agricoles). Ces dégâts peuvent en effet représenter un coût considérable.
Sur la propriété communale, l’exercice de la chasse est majoritairement orienté vers le grand gibier (chevreuil, sanglier, cerf). Les baux de chasse sont remis en location cette année pour une période de 9 ans.
Fonction culturelle et sociale :
Notre forêt joue un rôle important au niveau culturel, social et récréatif, aussi bien pour les touristes que pour les habitants de notre commune. Le gestionnaire forestier doit donc prendre ces aspects en compte lorsqu’il prend une décision.
Nos paysages sont un patrimoine qui doit être conservé. Une attention particulière est portée aux abords des circuits balisés, aux abords des voies lentes et au niveau des points de vue.
Quant aux acteurs touristiques, ils doivent veiller à sensibiliser les touristes afin qu’ils agissent dans le respect de l’environnement et du gibier (quiétude en forêt).

Conclusions
On l’a vu, les recettes en provenance des forêts sont importantes et cruciales pour permettre de financer le fonctionnement de notre commune. La vocation principale de la gestion forestière est donc d’assurer des revenus stables pour aujourd’hui et pour les générations futures en produisant du bois de qualité.
Cet objectif ne doit cependant pas être atteint au mépris de la multifonctionnalité de la forêt. Il faut donc veiller dans un même temps à renforcer son rôle social, cynégétique, touristique et environnemental. Au vu des enjeux futurs qui nous attendent, notamment en matière climatique, notre patrimoine forestier est un bien à choyer et dont nous estimons la richesse au sens large au sein de notre petite commune.
Louis-Philippe COLLIN
